Artiste peintre - Cours de peinture - Ateliers d'Arts Plastiques en Vendée (85)

"la peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer"
Gao Xingjian, écrivain (prix nobel de littérature 2000) et peintre chinois

La traversée

Projet artistique

 

Du pouvoir de l’écriture, de la peinture et de la sculpture pour apprivoiser, digérer, accepter la maladie grave, ce qui fait maintenant partie de ma vie, pour dire aussi ce que j’en ai appris.

 

Les mots qui me viennent en repensant aux 2 années passées tout comme la mise en forme du projet artistique permettent de prendre de la distance et donnent un sens aux traumatismes. Ces mots parlent principalement de mon ressenti, mais aussi de mes réflexions, décisions et pensées.

 

J’ai eu envie d’utiliser les boîtes en bois utilisées par mon père pour y ranger ses outils ; celles-ci sont en effet idéales si on les prend verticalement pour y mettre des petites installations: un morceau de tableau recouvre le fond de la boîte, puis j’écris dessus quelques extraits de textes lus et répétés pendant ce temps de la traversée, certains appris par cœur dans l’enfermement de la chambre stérile.


Devant ce bout de tableau sur le rebord de la boîte, des boules (pâte à modeler, papier) qu’on peut voir comme des baluchons-bagages symbolisant les semaines.


Les boules sont entourées de gaze (qui en général protège les blessures), puis de raphia de différentes couleurs.
Une boule=1semaine.9 boîtes.

 

Fondations sur lesquelles je me suis appuyée.

 

En fabriquant en conscience ces petits baluchons je me rends compte que je panse mes blessures.

 

Baluchons-bagages

boite1

«Je suis une créature émotive
Ne me dites pas de ne pas pleurer
De me calmer
De ne pas être si extrême, d’être raisonnable

Je suis une créature émotive
C’est comme ça que la Terre s’est faite,
Que le vent continue à polliniser,
On ne dit pas à l’Océan atlantique de bien se tenir».

Eve Ensler «Monologues du vagin»

 boite2  

«Il suffit de poser le oui bien à plat devant soi, sur la table ou la page, peu importe, un oui en forme de fruit, de pas-grand-chose, bouquet de fleurs, d'éteules, miettes de nuages sur un buisson, grain de blé, brin d'herbe, un oui qui ne se voit pas, qui ne croit en rien d'autre que lui- même, décision simple, geste intérieur, comme aller au-devant, ouvrir grand les portes, les fenêtres, la phrase ensuite s'occupe du reste. Je cultive ce oui depuis mon enfance. On a tenté de me l'arracher De le recouvrir et de l'enfouir. Y renoncer, alors que je ne sais encore rien de lui, ni son nom ni sa forme, eût été m'aveugler du dedans, me crever les yeux de l'âme. Ce oui ne m'a jamais quitté. Je ne peux pas dire grand- chose à son sujet. II a parfois un visage de femme. D'autres fois, c'est un parfum. Une façon de marcher dans l'herbe, la campagne, le vide dans les poches.»

Dominique Sampiero «L'idiot du voyage»

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«Il faut parler aux anges ou même à Dieu, comme à ses parents, ses proches ou amis avec la bouche de pudeur et cendre»

Dominique Sampiero  «L’homme qui dit les mots avec sa bouche»

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«L’âme .Elle a la luisance et la pesanteur de l’encre. Elle a cette densité noire, plus lumineuse que la lumière du jour.»

Christian Bobin dans «Souveraineté du vide»

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«Autrefois le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades,  dans l’aube grise et bleue et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.
Une nuit de printemps le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée comme avec un gracieux torticolis…J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié…Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire.»

Colette «Les vrilles de la vigne»

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«Quand nous ne marcherons plus
Nous volerons»

Jeanne Benameur «Notre nom est une île»

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«…la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierre.»

Camus «Noces à Tipasa»

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«Au printemps Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes»

Camus «Noces à Tipasa»

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«Je ne suis rien
Rien qu’une femme qui arpente et tente l’incertain»

Jeanne Benameur «Comme on respire»

"l'art est une blessure qui se termine en lumière" (Braque)